LES PARAGES

Nicolas Fargette

Signe particulier : librairie généraliste, à la devanture jaune pétante, qui travaille à ce que les rayons littérature, sciences humaines ou Beaux-Arts se fassent écho.

Ouverture : août 2019

Adresse : 89 Rue Sedaine, 75011 Paris

Site de la librairie

Derrière les vitrines de livres, il y a ces hommes et ces femmes qui nous accueillent, nous écoutent, nous conseillent. Ils sont passionnés, érudits, méconnus et pourtant indispensables. Nous avons voulu donner la parole à ces êtres étranges, qui travaillent à nous vendre du rêve toute l’année. Nicolas Fargette, gérant de la librairie Les Parages, nous raconte la perception de son métier avec le confinement.

« Avec Morgane, mon associée, on a vite géré l’inquiétude car une fois qu’on a vu ce qu’il se passait en Italie, nous avons commencé à prévenir les clients que nous allions certainement devoir fermer aussi. Le dernier samedi, juste avant l’annonce du confinement, les clients sont donc venus faire des stocks !

 

La semaine du 13 avril, nous avons commencé à penser à la possibilité de mettre en place un pick-up, un retrait de commandes. On s’est décidé et nous avons lancé la newsletter le jeudi. Pour notre premier samedi de retrait, beaucoup de clients ont répondu à l’appel et ont réservé des livres.

 

Nous ne prétendons pas que le livre soit un "produit de première nécessité". Ni même un produit en fait ! Et rouvrir nous semblait impossible. Mais nous avons senti que les clients étaient contents de venir pour autre chose que les courses primordiales. Il y avait quelque chose de l’ordre de : "après manger et boire, il y a encore quelques bastions qui proposent autre chose".

 

Nous passons beaucoup de temps au téléphone, car les lecteurs veulent du conseil et nous suivent sur nos suggestions de lecture. Ce n’est pas forcément facile mais tout le monde joue le jeu ! Comme pour le respect des conditions sanitaires et des gestes barrières.

Nous avons senti que les clients étaient contents de venir pour autre chose que les courses primordiales. Il y avait quelque chose de l’ordre de : « après manger et boire, il y a encore quelques bastions qui proposent autre chose »

Je pense aussi que le retrait est plus ou moins facile à mettre en place selon les commerces. Pour nous, c’est assez aisé : on a conseillé le lecteur, on s’est mis d’accord sur la commande. Nous ne sommes pas… une boutique de vêtements par exemple. Personne ne va essayer nos livres pour voir la taille !

Économiquement, cette possibilité de retrait nous permet d’être plus sereins pendant ces semaines de confinement. Et puis, ça fait plaisir de constater qu’au bout de six mois d’ouverture autant de clients reviennent, nous félicitent, nous soutiennent.

 

S’il y a une angoisse, c’est davantage pour la reprise. Jusqu’ici, les clients ont accepté d’attendre car tout le monde est confiné. Mais qu’en sera-t-il selon les contraintes d’ouverture ? Comment devrons nous filtrer le nombre de lecteurs à faire entrer ? Est-ce que quelqu’un va attendre pour avoir son livre alors qu’il n’est plus confiné et doit retourner au travail ?

 

Quant à moi, le confinement me permet de passer du temps avec mes deux enfants de quatre et onze ans. Si la plus grande est autonome, oui il faut occuper la plus petite ! On apprend l’école à la maison. On se plaint toujours de ne pas avoir assez de temps pour sa famille, pour ses proches, pour lire, pour regarder un film. Ce temps, on nous l’a imposé, donc j’essaie d’en profiter un maximum. Mais on revient vite aux basiques : on conseille par téléphone ce qu’on vient de lire ! »

Propos recueillis en avril 2020.
Crédits photos : Joseph Grappin Studio /
Librairie Les Parages / France 5 La Grande Librairie
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