LIBRAIRIE SAINT-PIERRE

Amandine Ardoin

Signe particulier : librairie généraliste et familiale à la magnifique enseigne bleue 

Ouverture : reprise en 2008 

Adresse : 1 Rue Saint-Pierre, 60300 Senlis

Site de la librairie

Derrière les vitrines de livres, il y a ces hommes et ces femmes qui nous accueillent, nous écoutent, nous conseillent. Ils sont passionnés, érudits, méconnus et pourtant indispensables. Nous avons voulu donner la parole à ces êtres étranges, qui travaillent à nous vendre du rêve toute l’année. Amandine Ardouin, gérante de la librairie Librairie Saint-Pierre, nous raconte la perception de son métier avec le confinement.

« Je n’ai pas du tout été surprise par l’annonce de la mi-mars qui a imposé la fermeture des magasins de produits non-essentiels. La région avait été impactée dès le début du mois, on savait que ça nous pendait au nez… alors j’ai pris les devants : j’ai bloqué mes nouveautés et encouragé mes clients à faire des réserves pour cette période de confinement. Le lendemain de l’annonce, on a même imaginé poursuivre les ventes grâce au site et en faisant un partenariat avec la poissonnerie d’à côté, où
les clients pourraient venir chercher leurs livres. Et puis le jour d’après, c’était plus incertain, on était inquiets, on ne voulait faire courir de risques à personne. A partir de ce moment ont commencé trois semaines de déprime, durant lesquelles il m’a été impossible de lire.

Cette librairie, j’ai commencé à y travailler à 16 ans : c’est une librairie familiale qui va bientôt fêter ses 200 ans. Je l’ai reprise en 2008, à la suite de mon père et avec l’aide de mon ami, cuisinier à l’époque, libraire aujourd’hui. C’est vraiment notre maison, jusqu’à l’année dernière on habitait juste au-dessus avec mon mari et mes enfants ! Il y a quelques semaines, mon fils m’a surpris en train de pleurer : je lui ai expliqué qu’avec tout ce qui se passait, on allait peut-être devoir arrêter la librairie. Il m’a regardée, avant de me répondre : "C’est pas possible, je veux être un Saint-Pierre plus tard !" C’est là que j’ai eu le déclic : j’étais prête à travailler la nuit pour sauver cette librairie !

Cette librairie,
j’ai commencé à y travailler à 16 ans : c’est une librairie familiale qui va bientôt fêter ses 200 ans. Je l’ai reprise en 2008, à la suite de mon père et avec l’aide de mon ami, cuisinier à l’époque, libraire aujourd’hui.
C’est vraiment notre maison !

Peu après, j’ai reçu un mail du SLF me disant qu’il était possible d’organiser un drive : on l’a mis en place dès le 4 avril. On était dans les premiers à le faire, et on a vraiment pris toutes les précautions, armés en gel et en masques. Lors de la remise des commandes, il n’y avait aucun contact avec les clients. Ces derniers, avec lesquels nous avions gardé le lien grâce aux réseaux sociaux, ont répondu présent à l’ouverture du drive, et en étaient ravis ! On a fait beaucoup de conseils personnalisés, beaucoup de coups de cœur. Et grâce à cette alternative que nous avons rapidement mise en place, on a pu sauver une partie de notre chiffre d’affaires sur le mois.  

On a prévu d’ouvrir 7 jours sur 7 à partir du 11 mai, avec deux plages de retrait par semaine pour les personnes qui auraient éventuellement un peu peur à l’idée de rentrer dans la librairie. Je me sens prête, on a tout ce qu’il faut : il y aura un présentoir à gel à l’entrée de la librairie, et le port du masque sera obligatoire. Et puis, je pense que les gens feront attention : là où parfois les lecteurs rentraient en groupe, la famille au complet, n’entreront que ceux qui voudront acheter des livres ! 

Cette période aura au moins été l’occasion de passer énormément de temps avec mes enfants : je n’ai jamais eu deux mois avec eux, je n’ai même jamais eu deux mois off tout court dans ma vie ! Mais je sais ce que cela coûte. Je sais qu’on va devoir travailler deux ans sans relâche pour assurer

la continuité de la librairie. »

Propos recueillis en mai 2020.
Crédits photos : Photokiff / Librairie Saint-Pierre
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