LIBRAIRIE GIBIER

Fabienne Boidot-Forget

Signe particulier : librairie généraliste où les sciences humaines figurent en première place !

Ouverture : 1830

Adresse : 24 Place du Martroi, 45300 Pithiviers

Site de la librairie

Derrière les vitrines de livres, il y a ces hommes et ces femmes qui nous accueillent, nous écoutent, nous conseillent. Ils sont passionnés, érudits, méconnus et pourtant indispensables. Nous avons voulu donner la parole à ces êtres étranges, qui travaillent à nous vendre du rêve toute l’année. Fabienne Boidot-Forget, directrice de la librairie Gibier, nous raconte la perception de son métier avec le confinement.

« La librairie a une histoire extraordinaire. Elle est fondée en 1830 avant d’être rachetée par la famille Gibier. Cette famille est propriétaire de la librairie depuis 1832 ! Je suis directrice de la librairie depuis deux ans. Je travaillais dans la presse et dans l’imprimerie auparavant et j’avais envie de découvrir autre chose. Mais se reconvertir à 53 ans, ce n’est pas forcément évident. La librairie, je la connaissais en tant que lectrice. Les propriétaires, deux frères, cherchaient quelqu’un pour prendre la suite. Nous nous sommes très bien entendus, et nous avons décidé que je ferai mon apprentissage de la librairie avec eux avant de leur succéder, ce qui va arriver bientôt.

 

J’aspirais davantage à une petite librairie, un cocon, pas un magasin de 250 mètres carrés et cinq salariés ! Mais il y avait quelque chose de militant dans le fait de ne pas laisser cette librairie fermer par faute de repreneurs. La librairie Gibier, c’est la seule dans un rayon de 40 kms ! C’est un vrai pôle important de la culture à Pithiviers et pour les villages alentours. C’est même un indispensable,

ne serait-ce que pour les enfants.

 

Le 17 mars, quand j’ai appris qu’il fallait fermer la librairie, c’était violent. Ma réaction immédiate était de proposer des livraisons. Mais en prenant en compte tous les paramètres, on ne voulait prendre aucun risque. Par contre, nous voulions garder un lien avec les lecteurs. On a donc préparé des interviews d’auteurs sur le blog de la librairie : L’Air qu’on respire.

Pour moi,

c’est très beau

la relation qu’on noue avec un autre lecteur. Par le livre, on entre en intimité avec quelqu’un.

Au niveau personnel, le confinement a été très dur au départ. Pour toutes les incertitudes liées à la librairie. J’ai eu du mal à lire. Mais j’avais la chance d’avoir mes deux enfants avec moi. Puis j’ai échangé avec des auteurs. En tant que lectrice, j’ai participé aux ateliers d’écriture en ligne de Bérengère Cournut, j’ai travaillé avec Anne-Emmanuelle Thion, une photographe que j’avais reçue à la librairie… Il y a l’envie de parler de ce qu’on vit.

 

La première action que nous avons mis en place, c’est de proposer au lecteur d’acheter des cartes cadeaux. Ce fut un succès immédiat. Je me suis rendue compte que tout l’investissement humain payait. Les lecteurs, pour beaucoup ceux des villages alentours, tiennent à cette librairie. Puis, quand les conditions sanitaires furent réunies, nous avons organisé “La Grande Tournée”. Je ne voulais pas de retrait à la librairie car je ne voulais pas que les gens se déplacent. Du coup, c’est nous qui sommes venus à eux, en livrant des commandes dans le respect des gestes barrières. Cela a donné 472 kms parcourus pour 400 livres commandés ! Mais au-delà des chiffres, c’est l’expérience qui fut incroyable. Les lecteurs nous attendaient avec le sourire. Une fois, des enfants nous guettaient même aux jumelles ! La Grande tournée nous a permis de rencontrer des personnes que l’on ne connait pas très bien quand on est dans la librairie. 

Propos recueillis en mai 2020.
Crédits photos : Librairie Gibier.

On rouvre le 12 mai avec des horaires adaptés, notamment pour les personnes vulnérables. Cinq clients maximum pourront être dans la librairie en même temps. Il y aura un protocole : porter des masques de préférence, se laver les mains en entrant, ne pas feuilleter les livres, payer en CB ou par chèque… Les lecteurs pourront continuer à commander en ligne. Plusieurs d’entre eux sont d’ailleurs passés d’Amazon à notre site ! Victoire !

Le Syndicat de la librairie française travaille beaucoup pour regrouper les informations liées au déconfinement, mais il y en a dans tous les sens ! Ce qui est compliqué, c’est d’adapter ses commandes : que voudront lire les clients ? Des romans légers ? des livres plus sérieux ?

Mais il faut aussi voir l’organisation de la librairie : la réception des cartons, l’aménagement de l’espace, la gestion des plannings d’équipe… J’avoue que je ne dors pas très bien en ce moment…

 

Mais je me souviens aussi du sens de ce métier, de ce pour quoi on le fait. En deux ans, je vois des clients qui reviennent alors qu’ils ne lisaient pas avant. Je vois que notre cercle de passionnés s’agrandit de rencontres en rencontres. Pour moi, c’est très beau la relation qu’on noue avec un autre lecteur. Par le livre, on entre en intimité avec quelqu’un. Et j’aime ça ! »

|       Je soutiens ma librairie © 2020       |